Plateformes digitales : Renforcer les passerelles vers les entreprises du bâtiment


Le bâtiment reste l’un des secteurs les moins digitalisés, cependant ces dernières années les innovations technologiques poussent les acteurs du BTP vers une adoption plus généralisée d’outils et de plateformes numériques (conception, modélisation, outils collaboratifs, mise en relation etc.). Les solutions digitales proposées se perfectionnent, intègrent davantage de besoins métier et d’usages en mobilité.


Adoption inégale : avantage aux gros acteurs


En première ligne, les acteurs plutôt structurés se sont emparés du sujet : maitres d’ouvrage, promoteurs et majors du bâtiment intègrent de plus en plus les plateformes numériques, notamment dans le cadre de la gestion des chantiers complexes. 


La digitalisation dans les entreprises importantes devient significative : parmi les entreprises de plus 100 employés, 40 à 50% déclarent être équipés d’outils de gestion de projet ou d’appels d’offres, intègrent des process BIM, selon l’étude publiée en mars 2020 par IDC pour le compte d’Autodesk (1).

De son côté, Finalcad estime que 60% d’entreprises utilisent des plateformes spécialisées pour le pilotage de leurs chantiers, s’agissant ici de structures réalisant un chiffre de plus de 50m$ par an (2).


Un autre indicateur pour montrer le progrès : les majors du secteur s’intéressent de près aux solutions digitales, à travers leurs relations de plus en plus poussées avec les startups et éditeurs. Cela peut passer par des POC (proof of concept), l’usage plus avancé sur leurs chantiers, l’implication dans les incubateurs spécialisés, voire la prise de participation directe dans le capital des startups par des fonds dédiés.


Néanmoins, deux bémols à souligner :

  • Même lorsqu’une entreprise utilise des plateformes spécialisées, la tentation est grande de basculer vers des outils « classiques » (mail, SMS, voire papier qui représentent 60% d’usages selon la même enquête de Finalcad)

  • Distinction entre effet d’annonce et utilisation généralisée : pour IDC, même lorsqu’une entreprise utilise des plateformes digitales, c’est pour moins d’un tiers de ses chantiers dans 75% des cas (1)


Artisans : long chemin à parcourir


Autant les acteurs d’une certaine taille ont la capacité de s’intéresser, de sélectionner et de tester de nouvelles plateformes, autant les artisans sont beaucoup plus éloignés du sujet. Ce n’est pas l’offre qui manque : énormément de solutions innovantes sont proposées aux petites entreprises (gestion de plannings et de chantiers, conception et modélisation 3D, plateformes d’intermédiation, gestion de déchets ou de matériel, solutions pour la sécurité sur les chantiers…). Pourtant, mêmes si elles sont toutes aussi équipés de smartphones et d’outils digitaux comme le reste de la population (80%), seuls 20 à 25% de petites entreprises utilisent des outils « métier » (3) (4), alors que par ailleurs elles ont franchi le pas pour la gestion de leur entreprise (banque, comptabilité, administratif).


Les artisans et PME manquent certainement de temps pour développer l’utilisation de ses outils (ce qui est évoqué par 50% d’entre eux), et car il faut savoir bien choisir parmi l’offre pléthorique. Avec 50 heures de temps de travail hebdomadaire pour beaucoup d’entre eux, c’est plutôt compliqué.


Et quand des solutions plutôt abouties arrivent à capter seulement quelques centaines d’utilisateurs sur toute la France, on est en droit de s’interroger sur l’appétence des artisans sur la digitalisation de leur métier.


Quelles passerelles pour accélérer la digitalisation ?


Dans les grosses entreprises, il y a certainement des freins culturels à lever et une sensibilisation des équipes pour convaincre de l’utilité d’adopter plus largement les plateformes digitales déjà mises à disposition. Objectif : meilleure productivité et maitrise de la qualité et des délais.


Mais c’est surtout le cas des artisans que je voudrais mettre en avant. Peu disponibles et naturellement prudents vis-à-vis de l’innovation, ils ont besoin d’être aidés pour ressentir l’utilité du digital. Ils peuvent gagner du temps sur l’administratif (devis, gestion de plannings…), sur l’acquisition des clients (plateformes d’intermédiation), gagner en agilité dans un environnement du marché qui bouge, et assurer leur compétitivité face aux confrères, ainsi que leur attractivité pour recruter notamment des jeunes.


La crise sanitaire a incontestablement donné un coup de boost inattendu à l’adoption des plateformes digitales, surtout grâce à l’approche volontariste de certains acteurs qui ont voulu faciliter l’accès à leurs services. Plusieurs plateformes ont rendu leurs abonnements gratuits pendant le confinement (Stock Pro pour faire le tri dans son stock, Wizzcad et Resolving pour aider à la reprise des chantiers, EldoTravo pour améliorer la visibilité sur le web et réseaux sociaux…). Une véritable accélération des usages a été constatée par la plateforme Kroqi éditée par le CSTB : 80% d’utilisateurs quotidiens en plus depuis le début du confinement !


De manière plus structurelle, les acteurs établis (institutionnels ou privés) ont leur rôle à jouer en tant que « prescripteurs » de solutions adaptées, pour aider les artisans à franchir le pas. Présélection de plateformes de qualité, formation, offres de démarrage privilégiées : les fédérations, industriels ou négociants peuvent jouer le rôle de partenaire de confiance pour accompagner les artisans. Des démarches sont déjà en cours : FFB avec e-BTP, CSTB avec Kroqi, Saint Gobain avec son bouquet de services Génération Artisans, le programme de fidélisation multi-marques Vipros et sa sélection d’outils digitaux, mais aussi des collaborations plus ciblées comme StockPro avec Sonepar et Schneider Electric.


La caution des acteurs traditionnels bien connus des entreprises et leur « filtre de qualité » peuvent réellement accélérer l’adoption de plateformes digitales dans la construction, pour faire passer un cap au secteur dans sa nécessaire transformation.


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Ara Shahnazaryan - contact@shconseil.fr


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Ara Shahnazaryan, fondateur de S.H.Conseil, est consultant spécialisé dans la transformation digitale des secteurs de la construction et de l’habitat. Après une vingtaine d’années chez les industriels du bâtiment (sanitaire chauffage, électricité, décoration, matériaux…), il accompagne les fabricants, distributeurs et entreprises pour construire et implémenter leur stratégie de transition digitale. Cela couvre à la fois l’optimisation du parcours client mais aussi les problématiques internes (équipes, process), tout en favorisant l’ouverture vers l’écosystème de l’innovation via des startups.


Sources :


(1) Digital Transformation: The Future of Connected Construction. IDC pour Autodesk Mars 2020 (lien https://constructionblog.autodesk.com/european-construction/)


(2) Enquête « La transformation digitale globale dans la construction » par Finalcad, 2020 

(lien https://www.finalcad.com/fr/enquete-transformation-digitale-globale-dans-la-construction)


(3) Etude BatiObs réalisée en 2018 par Brands at Work et Cohesium


(4) Artisanat du BTP – enquête nationale 2018 (pour l’OPPBTP et la Capeb) (lien https://www.preventionbtp.fr/Actualites/Toutes-les-actualites/Entreprise/Les-entreprises-artisanales-du-BTP-prennent-le-virage-du-numerique)



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